Role: Managine Editor, Copy Editor
Article by Camille Jeanjean
Photography by Paul Gorra
Article written on the Brazilian community living in Lebanon, for Masculin Magazine’s online platform.
Parcourir le Liban, c’est se retrouver nez à nez devant l’histoire des migrations du peuple libanais. Dans ces petits villages de la Bekaa, qui sont Sultan Yacoub et Kamed-Lawz, à deux pas de la frontière syrienne, c’est le Brésil qui nous reçoit, les bras ouverts tel un Christo redentor. Au début, personne n’y croit, puis ensuite une évidence. Le Liban et le Brésil ont tant de points communs qu’il est temps d’expliquer cette idylle qui existe depuis près de 150 ans.

Il est important de revenir dans le passé et de comprendre qu’à cette époque là le Brésil et l’Amérique latine étaient l’eldorado des agriculteurs, propriétaires terriens en mal d’activitées. Effectivement, vers 1882, date des premières migrations, il est constaté que les villages anciennement autosuffisants et sa production locale sont minés par le développement du secteur maritime et de l’importation. Les libanais partaient avec la ferme intention de faire fortune et s’enrichir dans les contrés du pays de la samba. Trois vagues d’immigrations sont connues à ce jour. La seconde recommence en 1914 à la veille de la première guerre mondiale, les chiffres parlent, 11 101 personnes rentrent sur le territoire brésilien. C’est en 1945 que les libanais partiront en masse de leur pays natal. Les musulmans, à cause du protectorat français, de la guerre civile et la création de l’état d’Israël fuient vers les années 1975. La destination par excellence reste Sao Paolo. La grande ville de tous les désirs, où il fait bon s’établir. Rio a son moment de gloire et encore maintenant les noms des rues rendent hommage à ses arabes. Intégrés, mais vivant en communauté, les libanais sont souvent associés à des turques. Commerçant et marchandeurs, ils se font appelés « regatoes ». C’est ainsi que le lien a commencé entre ses deux pays. Du coup plusieurs cas de figure pour cette valse libano-brésilienne. De cette liaison est née des enfants et petits enfants d’immigrés qui n’ont jamais connu leur pays d’origine, le Liban et qui le désire les yeux bandés. D’autres reviennent pour les vacances pour revoir leur famille. Certains prolongent et décident de construire leur vie ici.

Rencontres.
Dans ces deux fiefs au relief montagneux, l’arabe n’est pas la langue officielle. Il suffit de se rendre au supermarché pour écouter la musicalité de la langue portugaise. Au rayon boisson, il est temps de palier la chaleur de l’été et se rafraichir avec un jus à base de guarana, de la marque Antartica adorée au Brésil. Un peu plus loin, farine de Manioc et « feijoe » sont prêts à l’emploi pour réaliser une feijoada. Les produits brésiliens autre que le café Najjar devenu l’indispensable dans tous les dekens, pleuvent dans ce supermarché au cachet « made in brasil » ! De confessions musulmanes, les habitants de ces villages restent très conservateurs et traditionnels. Ils sont très charmants, généreux et gais un peu comme au Brésil. Et comme quoi le folklore est présent, les couleurs du drapeau brésilien s’affichent dans les coins de rue, les murs sont recouverts des écussons du club de foot Corinthians. (Wikipedia)
Le Sport club Corinthians Paulista est l’un des plus grand club brésilien situé à São Paulo, connu surtout pour sa section de football avec plus de 35 millions de supporteurs. Ce club est aussi connu pour son mouvement idéologique appelé la démocratie corinthiane, reconnue au Brésil comme l’une des plus importantes actions menées dans l’intention de combattre la dictature militaire brésilienne.

A Kamed-Lawz, à 70 km de Beyrouth, 9000 habitants, Gihal, nous ouvre sa porte. Depuis 21 ans, elle s’est installée à Sao Paulo. Ses trois enfants Tagrite, Amira et Amin sont nés là-bas. Ils sont en vacances pour quelques mois. Ils ne se voient pas rester au Liban. Pour eux leur terre est de l’autre côté de l’Atlantique. Elle prépare un brigadeiro en cuisine et Amira nous fait écouter de la musique brésilienne. « Les enfants parfois oublient l’arabe », nous confie t-elle. Un problème majeur pour ces jeunes brésilibanais qui seront peut-être vouer à revenir au pays. Gihal préfère la sécurité du Liban à la violence de SP.
À 500 mètres, Aya, jeune fille de 13 ans nous emmène rencontrer Lusilla Watanabe, fille d’immigrés japonais, brésilienne de naissance, mariée à un libanais musulman travaillant entre les deux pays. Ils habitent avec leur fille de 8 ans qui depuis 4 mois, date à laquelle ils ont emménagé dans ce village pour la première fois, apprend l’arabe et se débrouille très bien. Lusilla vient de Santo Amaro et a trouvé au Liban une certaine sérénité et tranquillité. Elle s’est intégrée à la culture arabe.
À Sultan Yacoub, le village frontalier, Christina a ouvert une pasteleria « Pastelaria do Tina ». Un restaurant de passage, cosy et très surprenant qui invite tous les amoureux de la cuisine brésilienne à venir se salir les doigts. Frango, trad. poulet, pao de queijo, pain au fromage , Camarao, crevette, pastel, gâteau sont au menu ! En compagnie de son perroquet aux aguets, l’ambiance est détendue et trop brésilienne.
De part son histoire le Liban est une terre de migrations, que l’on quitte et qu’on retrouve à chaque période de sa vie. Le Brésil et le Liban, au delà des frontières géographiques finalement se rejoignent dans le respect commun pour les traditions, la gastronomie et l’art de se faire plaisir !
