Role: Interviewer, Editor
Interview with Lebanese Band Lumi on their upcoming comeback concert and new album Two Swords.
Rencontre avec Marc Codsi et Mayaline Hage du groupe musical libanais LUMI en anticipation de leur concert ce jeudi 17 décembre au Concrete 1994.
Comment vous-êtes-vous rencontrés et comment avez-vous établi l’identité de LUMI ?
Mayaline : Nous nous sommes rencontrés à mon retour de Paris, il y a 14 ans, durant une soirée où des amis à nous avaient organisé un jam. Marc avait sa guitare, moi mes partitions, nous avons commencé à discuter et il s’est avéré que nous avons beaucoup de choses en commun.
Il y avait déjà un univers que nous avions créé, avant même que nous devenions LUMI ; un univers qui tournait autour du cinéma, de la poésie et de la musique évidemment.
Marc était déjà musicien et moi je transpirais la musique depuis que j’étais jeune.
Au début, nous avons commencé avec des projets très expérimentaux et très anti-LUMI.
Nous faisions partie de performances avec des musiciens qui travaillaient dans la musique improvisée libre, ce qui répondait vraiment à notre recherche de l’expression artistique. Nous avions aussi, en dehors de ça, un réel désire d’expression de vie dans la musique et d’expression de vie ludique.
À l’époque, les événements étaient très plombants, tout était défini par l’identité libanaise, le pays en guerre, la génération passée. C’était une période où, musicalement, il se passait des choses très excitantes avec l’électro-clash, le rock, et l’électro-rock qui commençait à naître. De là, nous avons senti l’envie de communiquer de cette façon aussi. L’idée de LUMI, c’était de faire une pop intelligente et délurée.
Qu’avez-vous appris de votre période plus expérimentale pour l’adapter au son de LUMI d’aujourd’hui ?
Mayaline : C’est notre identité plutôt qui revient. Notre façon de penser n’a jamais été “Maintenant on doit faire ça”. C’est plutôt la musique qui vient à nous, le message que nous avons envie d’exprimer, et comment lui trouver son vecteur. Nous essayons de créer des espaces et des univers à travers lesquels nous véhiculons des émotions.

Marc : Pour ma part, je ne suis pas formé musicalement de manière traditionnelle, et donc ma manière de percevoir une chanson n’est pas en termes d’accords ou de mélodie. Cette musique plus traditionnelle n’a pas été le vecteur par lequel nous créons. La musique expérimentale a été plutôt un travail sur le son et le timbre. Ce que nous ressentons beaucoup maintenant dans notre musique, c’est le besoin d’une atmosphère qui pourra nous inspirer.
La musique expérimentale est la meilleure école pour apprendre à écouter la musique de manière plus pertinente ; elle nous permet de rentrer dans la texture, dans un mode zoom, afin de voir de l’extérieur et d’avoir une expérience plus personnelle.
À travers nos chansons, nous essayons d’exprimer l’espace dans lequel nous nous trouvions lors de la composition.
Mayaline : Je dirais plus que nous avons quelque chose à exprimer, ce que nous essayons de faire est de trouver un espace pour l’exprimer, qui se transforme par la suite en chanson.
Comment votre musique a-t-elle évolué après votre hiatus?
Marc : L’évolution de notre son s’est manifestée en deux aspects : l’aspect technique et l’aspect dans l’intention. Dans l’intention, il y a le fait que nous avons plus de vécu maintenant comparé à quand nous avons commencé à 22 ans. Notre vision et nos attentes de la vie changent, et donc les raisons pour lesquelles nous faisons de la musique évolue aussi. Je trouve que, maintenant, nous allons plus vers un essentiel, et nous arrivons à ressentir quel est l’essentiel qui nous intéresse.
Il y a une recherche d’une certaine profondeur qui s’est traduite aussi techniquement par la manière dont nous faisons la musique. Maintenant, nous utilisons que des instruments sur scène, il n’y a pas d’ordinateur. L’idée est combien nous pouvons créer de musique en live, sur le moment, avec seulement nous deux et ce que nous pouvons faire.

Mayaline : Et dans ce sens, ce que je trouve intéressant, c’est que malgré nos différences individuelles dans ce que nous cherchons à exprimer, ce qui caractérise notre musique aujourd’hui, c’est cette recherche de l’essentiel de nos êtres. Cela peut signifier qui tu es aujourd’hui, mais aussi revenir à qui tu as été, ce lien qui est fait en toi depuis ton enfance jusqu’à maintenant.
Cette recherche de continuité est très présente dans notre musique, et elle signifie une implication très forte et très entière de nos personnes aujourd’hui.
Que pensez-vous de la scène de musique locale d’aujourd’hui et de cette nouvelle curiosité des libanais à découvrir ces nouveaux talents locaux ?
Mayaline : La scène est très florissante ; il y a beaucoup de genres différents qui existent et qui ont la place pour s’exprimer. C’était différent pour nous à l’époque ; il fallait vraiment aller chercher le concert et nous n’avions pas la représentation qu’il fallait, mais ça faisait le charme de la chose. Aujourd’hui, la musique a une vraie place. Quant au public, c’est un peu un défi pour nous, parce que nous avons l’impression que ça reste un public assez formaté.
A l’époque du LUMI d’avant, c’était plus simple, vu que notre musique répondait à une tendance facilement adhérable. Notre but est de faire les choses comme nous les sentons, de les faire bien, et d’arriver à faire vivre quelque chose de beau à notre audience.
Aviez-vous ressenti beaucoup de pression lors de votre retour ?
Mayaline : Comme disait Marc, nous ne sommes pas les même personnes, et nous sommes beaucoup moins career-driven et beaucoup plus music-driven. La pression, pour nous, c’est de pouvoir bien faire les choses, d’être satisfaits de ce pari que nous nous sommes mis d’avoir quelque chose d’intéressant et de beau à communiquer. Le premier concert à CommonFest était assez stressant, mais le stress baisse d’un concert à l’autre au profit du plaisir de retrouver la scène.
Marc : Le public a changé aussi, ceux qui nous écoutaient avant ont grandi et c’est plutôt la nouvelle génération qui vient nous découvrir, et c’est intéressant de voir la réaction de ces personnes-là. Étrangement, j’ai l’impression qu’il y a une grande différence dans l’imaginaire des gens, et de comment ils se forgent en tant qu’êtres humains. Je dirais que nous n’avions pas vraiment de pression autre que par rapport à nous même et à la musique ; nous avons mis une barre assez haute au niveau de ce que nous aimerions exprimer.
D’où vient votre inspiration quand vous approchez un nouveau son, et celle derrière Dream About ?
Mayaline : La vie, en général. C’est très cliché et c’est très large, mais au niveau de l’écriture des derniers morceaux, il y a eu plusieurs fronts : le front de pure poésie et son univers, et celui en termes d’expériences de vie.
Dream About était une injonction à s’autoriser à rêver et à se bousculer pour aller réaliser ces rêves. Le message de la chanson était clair et concis, et la musique a suivi ce format. Personnellement, j aime bien ce côté décomplexé en musique qui nous permet faire des choses extrêmement simples. Nous avons également d’autres phases de notre musique qui sont beaucoup plus réflexives et lyriques. LUMI est le juste milieu entre ces deux aspects, des chansons qui racontent des choses très réelles et ancrées, et des envolées plus poétiques et réflexives.
Marc : Pour moi, c’est plutôt le côté engagé, à la fois politique et social, en fonction du dépassement de soi. À partir du moment où tu acceptes d’être présent dans ce monde, cela vient avec une certaine forme de responsabilité, une révolution qui commence du soi à aspect très spirituel.
Ensuite, il y a le côté plus inconscient de la chose, nous avons besoin de ressentir un drive, quelque chose qui va nous prendre physiquement. Moi j’ai besoin de ces 2 aspects.
Quelles sont vos inspirations musicales principales ?
Mayaline : Nous avons certains musiciens auxquels nous vouons beaucoup d’admiration, et ils se divisent en deux catégories : ceux qui nous ont bercé en grandissant et qui forcément sont présents dans la manière dont nous abordons la musique, et ceux que nous avons choisi plus tard, de façon plus mature.
Nous avons grandi dans les années 90 avec le post-rock et le grunge, et nous sommes tous les deux fans de Sonic Youth, Portishead, et d’artistes contemporains comme Clinic, Phillipe Glasse ou Michael Lehman.
Quels sont vos plans futurs?
Marc : Nous jouons en concert ce jeudi dans le cadre du programme d’hiver de Beirut Jam Session, et nous avons un clip vidéo qui sortira dans la semaine à venir.
Ensuite, il y a la maturation de notre musique qui va se concrétiser en un album qui va devoir s’enregistrer. Et dans la même foulée, il y aura des concerts en Europe, mais nous n’avons pas de dates encore.
Mayaline : Nous avons déjà largement de quoi faire un album et l’univers est encore en train de se définir. Les contours se dessinent de façon plus claire et l’univers s’élargit encore.
Nous avons envie d’être authentique dans la démarche, la priorité étant que tout se déroule bien.



